• On achève bien les shelley

     par piotr bresh, monocordiste assermenté


    On connait tous l’étalon noir, l’étalon italien ou encore l’étalon aiguille, mais Robert Shelley, le cheval de Martin Duval et son légendaire accident d’hypophyse vous disent-ils quelque chose ?
    Passé maitre dans l’art de la transformation, acteur protéiforme, diplômé à la central school of speech and drama de Londres, Shelley s’envole en charter pour vivre le rêve américain qui gangrène à plein tube les années 80. Il aura tout joué, des étalons, des bourrins, des chevaux de guerre, des robes claires, crèmes, noires etc.


    Tandis qu’il essayait vainement d’attraper un câble de dynamite du bout des dents pour épater la galerie et se faire connaitre, Shelley, alors jeune doublure à broadway,  se casse un oncle, ce qui chez les onguligrades anglais et crades, vaut bien le cerveau.
    A sabot, sabot et demi ! Le médecin avait pourtant préconisé au quadrupède d’éviter les extensions buccales mais la tentation fut trop grande.« Un câble de TNT comme ça,  ça s’attrape maintenant ou c’est perdu à jamais » se serait écrié l’auguste crétin cinglé  aux pâtes grêles avant de se ramasser le dentier dans la lanterne tout d’un bloc.


    L’imbécile heureux trépané de justesse du pied (gauche arrière à l’angle, 100 m et tout droit tout honneur) accepta le rôle inespéré du cadavre de Rossinante dans la chute du faucon rouge, variation soviet sur Don Quichotte, pour embrayer sur celui du cheval mécanique de vampire hunter D, rôle qu’il reprendra plus tard dans VHD bloodlust,  où il se fait exploser la tronche à mi-course.
    Les seconds rôles sont sans pitié entre eux et les rôles secondaires ne pardonnent pas plus. Mais l’incident de la TNT lui a mis du plomb, ou de la poudre dans la tête, et remis les idées en place. Il s’assagit sans perdre toutefois le caractère trempé qu’on lui sait, ni abandonner la drogue.


    Les années 80-90 sont aux cartoons et aux jeu vidéo, c’est là qu’il faut percer puisque l’étalon noir a pris toute la place du cinéma prise de vue réelle.
    Il jouera  thirty thirty dans brave starr, rôle de cyber mule qui ne le change guère de VHD, dessin moyen, animation limitée qui ne lui permet pas dit-il d’exprimer "ce que j'ai dans le ventre" (l’intro de brave starr le voit surbruité vers 1mn00 secondes, censé effectuer une vrille avec son fusil. Peu habile dans le maniement des pattes avant comme une main, il  fait des efforts surhumains. On lui doit aussi le pataclop d’ouverture du logo filmation). Il joue aussi dans galaxy rangers, série de production américaine joliment animée de générique, c’est-à-dire : deux américains à la tête et 20 japonais derrière qui animent avec une intelligence dont les USA d'alors n’étaient pas capables en TV. Ces séries qui font dire de suite « anguille sous roche ». en cheval sentai, metal-hero plus exactement, shelley excelle mais passe inaperçu. La faute au masque, à l'armure de galaxy rangers sans doute.

       

    On le voit passionné, faisant des démonstrations interminables aux animateurs subjugués, chargés de traiter ses performances, insistant sur l'importance des muscles des hanches. christophe serrand profite pleinement de ses indications et les réinvistira avec le brio que l'on sait sur balto notamment.

    Le jeu vidéo lui est une épreuve difficile.
    « demandez-donc à un danseur de faire un ballet russe à la Diaghilev en camisole » explose-t-il, ulcéré par les conditions de travail, en particuliers la réduction du nombre d’image/seconde dans le monde du jeu vidéo salon/console et même arcade des années 80-90. Attiré par l’eldorado jeu vidéo, il déchante donc vite en comprenant qu’il lui faut taper des courses en 2 images, et que même l’animation TV ne l’a pas poussé autant dans ses retranchements.
    Il aborde cela comme un défi personnel et réapprend son travail à la base ; « il faut trouver les poses qui saisissent l’œil, il faut repenser de fond en comble l’économie du trot, travailler le son pour compenser la carence d’images, jongler avec le cycle comme si c’était un mouvement libre ». Il posera les bases de toute une génération équestre virtuelle, de jeunes poneys et bourrins des années 90.  On le considère souvent comme le père du DASH-kei. L’esprit dash du jeu de plate-forme. Shelley était en effet connu pour ses piques de sprints spontanés, sans prévenir, et bien que jamais crédité il fut sans conteste le maitre à penser des gameplay de la fulgurance. le dash d’alien soldier porte sa patte sans l’ombre d’un doute, les gars de treasure ont bon gout.


    On retient surtout l’apparition éclair mais mémorable animé en quatre  images dans l’ouverture de chi no rondo paroxysme d'économie , image étriquée mais fine, cycle inégal, du génie pur. il se liera d’amitié avec belmont, qu’il ne cessera de croiser au cours de sa carrière outre atlantique et autre.  Sur le tournage il a une brève aventure avec dolly, sa partenaire d’intro, jument jumelle de polly parton, qui jouera dans barbie chevauchée équestre et alexandre lederman. Dolly remplace au pied levé son partenaire male, solide bourrin blessé lui aussi dans une cabriole dynamitée (c’est un jeu de chevaux : chopper le fil de la TNT et se barrer plus vite que le souffle de l’explosion, comme le chicken race de la fureur de vivre). Robert fait savoir à polly qu’il prendra le poids de l’attelage sous son aile mais qu’elle doit de son coté etre crédible dans sa course, virile et lourde. Impressionné par l’exercice de composition et la justesse du comédien, doly tombera éperdument amoureuse de l’intellectuel des hippodromes et ne s’éloignera jamais, restant toujours dans son ombre, en grande amie toujours là pour le conseiller.


    Chi no rondo et shelley aux oubliettes pour beaucoup mais resté dans le cœur de tous ceux qui ont su lire le sublime de son pataclop enjambé. Il se serait entrainé jour et nuit malgré les amphétamines et les redescentes dures,  pour parvenir à ce résultat, répétant comme jackie chan qu’un geste est un geste, que « l’exactitude d’un galop cyclé ça se paye, et ça se paye chez moi avec une seule monnaie : de la sueur » et des idées, car il n’en manquait pas, notre incorrigible coureur de juments.
    Shelley avait tout d’une grande, une marche à l’amble à faire pâlir un gorille, un galop d’enfer, un galbe à se croupier l’entrejambe illico presto. Le passage au parlant JV n’a pas été à son avantage, les rôles de chevaux ont paru de plus en plus cons. On le voit dans du Z, dans des merveilles comme exstatica, relooké, fort d’un régime draconien, il aurait dit-on tout fait pour ce rôle, il a même accepté de tourner en ellipsoïdale, lui qui a une sainte horreur des patatoïdes comme des arrêtes polygonales d’ailleurs (il avait dit-on un gout très tranché « je tourne en pixel t en bitmap ou je tourne pas ». dans la dégringolade de sa carrière il n’a visiblement plus fait la fine bouche. Exporté au japon dans la soute d’un cargo, enfermé dans une caisse à thon, il se produira tout son saoul dans le Z phillipin, chinois, et ira se perdre dans le jeu vidéo nippon. Il joue dans nanatsu kaze no shima monogatari, l’ile aux sept vents sur saturn, succès d’estime dans lequel il tient deux rôles, celui du dragon chevalin violacé et de l’escargot, méconnaissable, grimé au génie comme on l’en sait capable depuis qu’il a gouté aux ellipses d’exctatica (dont il dira : « j’y ai tout appris. Ce fut bref mais précis. Il fallait un cheval d’ouverture, j’avais chi no rondo dans les pattes, l’expérience qu’il fallait. J’y suis allé au culot, ils ont arrêté le casting et m’ont pris de suite.
    Sa carrière japonaise se poursuit avec plus ou moins de bonheur dans des escapades comme Tenchi wo kurau2 (dans lequel il répète sa formule magique mise au point sans relâche pour chi no rondo) , Warrior blade, rastan saga3. « le bet them all est une discipline plus exigeante et intellectuelle qu’il n’y parait. C’est un genre cynique, grinçant et sauvage à qui sait le lire. Personne ne dira que le cinéma de boorman est stérile par exemple, il en va de même du beat them all, c’est un exercice de déchiffrage, on s’aperçoit vite que le genre est plus social, historique que ce qu’on croit. C’est la révolution en marche, c’est la théorie de l’évolution sur une voie souvent unique, dans la marge du 2.5D. Ceux qui disent que c’est du Z brutal ni plus ni moins sont des ânes. Je pèse mes mots monsieur ».

        

    une carrière nippone prolifique mais qui ne perce pas.


    Dans sa quête éperdue d’un second souffle côté vidéo ludique, Il ne fit pourtant pas le poids face à epona, bestiole qui dans le domaine cabalistico-chevalin, hippique pour tout dire, n’en finit pas d’être un must have. Même le rôle d’agro de shadow of the colossus (UEDA sera son réalisateur fétiche, faisant appel à ses services dans Ico en cheval d’ouverture, il voit que robert est capable de bien plus,  un vrai lead cheval. Il lui offre un rôle en or merveilleusement interprété avec agro. Rien n’y fait  : personne ne retient son nom, shelley est aux abois, ce qui pour un cheval est déjà suspect en soi.

    il passe à côté de grands rôles hollywoodien, les cheveux du char du prince d'égypte, "une américanade à se tordre les boyaux", réplique t-il sans doute amer, le rôle soufflé par la jeune génération.
    Shelley, le séraphin des champs de courses aligne en suite péniblement une carrière de capote anglaise, de boîte à gants et de distributeur de boissons hennissant pour le bonheur des petits et des gros cons.
    Les femmes l’abandonnent, sauf la fidèle dolly, même les putes n’en veulent plus. « Son ardoise est plus longue que sa pogne » se plaignent les filles et les tenanciers de bars dans lesquels il va se perdre à la tombée des jours.

    Sur la fin il repense au passé et répète sans cesse qu’il aimerait tourner pour meschner ou chahi. « Mon grand regret c’est de n’avoir pas joué dans another world ou karateka, prince of persia. J’aurais voulu expérimenter le rotoscope, le polygone plat, le bitmap finalement, oui, d’accord, bien sûr…mais les autres matières sont tellement riches, il faut une vision large de l’image, et un bon trot, une marche à l’amble, un saut d’obstacle en vectoriel, en marionnette, par fondu au fusain, on en voit trop peu. Y a des petrov, l’académisme cinétique, remarquable, certes. Mais il faut chercher. »


    Il rabâche qu’il veut tourner avec norstein, qu’il accepte de ne pas être payé, que le Jeu vidéo d’expression est « mort, la raison l’a emporté tout entier, le médium pouvait se targuer d’être un des derniers bastions du muet, de l’essence, d’une action passant par le faire, le rituel du geste dans une société sur-ritualisée mais sans matériau, et on a perdu tout…». Possédé par une vision dont il ne démord pas, le facétieux quadrupède qui faisait joujou avec la dynamite a bien changé. Mûr, fin, lisant beaucoup, il étudie en détail le travail de mizoguchi, tarkovski, lynch. Il s’attarde sur la chevalinité implicite ou directe de ce cinéma. C’est en analysant twin peaks qu’il tombe amoureux de peggy sue, la jument blanche de la black lodge, des visions. Elle ne répondra à aucune de ses lettres. Désespéré il tente le tout pour l’atour et la joue bergman « en italien je ne sais hennir qu’une chose : huuuuhuuuu…. »,  lui propose un diner en étable 5 étoiles, le meilleur abreuvoir de-new-york. Peine perdue, le châssis de ses songes décline sans répondre, à nouveau.


    Abattu, au bord du suicide, ses propos sont sans queue ni tête, sa bite lasse traîne passablement sur le plancher et le blesse. Dolly sera présente dans toutes ses folies, d’autant plus dur qu’il pleure, il geint, il gémit des « peggy….. » impuissant qui serrent le cœur de sa prétentante, désillusionné depuis lurette mais blessée tout de même.
    Par politesse, conscient de tout ce qu’elle fait pour lui il lui dira qu’il n’y a jamais eu qu’elle, aucune autre, et lui proposera un mariage. Dolly sait bien que la fin est au grand galop et accepte. D’après sa biographie ils se seraient mariés sans office, seuls, au seuil du tobeau. Certains veulent y voir une affabulation de l jument. Nous dirons ici qu’elle a bien mérité d’affabuler, et qu’elle a bien mérité le mariage, au moins, pour avoir enduré le génie, attentionné et charmant parfois, possédé et invivable en d’autres temps.

    Récemment on l’entrevoit dans sita sing the blues, le joyau de nina paley, son dernier rôle qu’il accepte « au vu de tout ce que je dois à nat king cole, de joies et de peines accompagnées », jouant avec dolly, les chevaux du char royal notamment, rôle qui rappelle celui de leur rencontre sur chi no rondo. Cette fois c’est dolly qui tire le charriot et assume le poids. Shelley est à bout de force.
    Epuisé, replié dans son loft de banlieue new yorkais, shelley s’endort serein déçu mais confiant en l’avenir. Ce dernier ne lui donnera pas raison.
    On l’a retrouvé sans pouls, le cœur arrêté : il en est mort.


    Dolly a arrêté sa carrière définitivement. « je ne vais pas continuer le show business. C’est devenu une usine à fric sans plancher, sans raison. Sans lui ça n’a aucun sens …»
    Shelley aura marqué trois générations de joueurs. Un des plus grands chevaux virtuels de l’histoire dont  il serait bon de se rappeler ce pour tout qu’on lui doit tous, de temps en temps.


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