• Mano: talk to the doigts

    par piotr bresch, temporaliste désendurci


    Il aura tenu le pavé jusqu’à ce que l’alien adulte prenne définitivement la vedette, un film, un rôle clé, un départ et plus rien....

    Mano la mana comme on l’appelait dans le milieu, vilaine main coupée d’un mauvais payeur d’Europe de l’Est, abandonné à sa triste condition et contraint à faire de la figuration pour joindre les deux bouts, a eu ce qu’on appelle une vie merdique avec moments de grace et hécatombes de soleils morts-nés.

    Emancipé d’un coup de schlass sans qu’on demande son avis ni son reste, Mano se retrouve seul, paumé, encore baigné du doux souvenir des dernières pognes  de son maitre. Il est des mains qui ne se remettent pas de la coupe, la plupart d’ailleurs, c’est quasi pathologique chez les membres arrachés, mais Mano est une force de la nature, « il faut bien vivre » nous confesse-t-il.

    Il envisageun temps une carrière mafieuse sous le nom de mano la main froide, qui lui va comme un gant, toute préférence nudiste mise à part, mais abandonne vite ces "bétises d'un autre age" dira-t-il. il sera de toutes les campagnes "no guns" par la suite.
    Passionné de cinéma depuis qu’il tripote des gonzesses dans les salles obscures, Mano ne fait ni une ni deux et embrasse le rêve Américain à pleine paume, de tout son pouls.


    Le milieu marche par carnet d’adresses, mano, raccourci au poignet à la lisière de l’articulation, dans l’os, est loin d’avoir le bras long.
    il fera le figurant en Z, ponctuellement un micro-rôle de main qui vole dans un film d’action, le marché chinois et japonais du film de sabre lui permet de survivre. A cette époque Mano incarne parfaitement ces acteurs « d’un plan », comme il y a des coups d’un soir.
    Avec dead of the brain sur PCE il retrouve un peu de dignité, se fendant de toute l’introduction, parfaitement à son aise et totalement dans son sujet, jusqu’à conseiller les réalisateurs sur la façon de filmer sa progression zombie rampante. Tout le monde s’accorde là-dessus : acteur né, autodidacte, il accélère le travail de toute l’équipe technique,  supervise la direction de la photo lui-même, un grand sens du montage, du récit, et la compréhension manifeste de la petitesse de ses rôles.
     



    Malgré son apport indiscutable pour toutes les œuvres auxquels il a participé, on ne le crédite presque jamais. On le paye à coups de centimes parfois, la pauvre paluche en est réduite à faire des coups de triques-branlettes à six sous dans les bas-fonds de Washington.
    Le cinéma Z lui a donné sa chance, des rôles sans texture, sans succès. Zombie, mafia, sabre: ç’en est trop. Mano rêve d’un véritable rôle de composition à sa mesure.


    Ridley Scott cherche justement une main d’exception, la dextérité de la bête fait mouche dans l’œil du créateur : C'est la révélation! il sera le face hugger et occupera presque la moitié d’alien dans un jeu d'acteur époustouflant, épustulant de légereté juste, acting discret, planté sur le visage et autour du cou de l’infortuné chef de bord. Pour l’occasion on lui greffe une queue mécanique dont il ne se séparera jamais par la suite, tentant ainsi de se faire reconnaître dans la rue, essayant tant bien que mal d’en faire sa marque de fabrique.
    Peine perdue, les copieurs affluents.


    De là le parcours tristement classique des vedettes à la dérive au cœur trouble : cigarettes maison, alcool frelaté, putes bon marché du Nord Harlem et cocaino-rap à deux boules dans des mesures que seul le Dieu chrétien saurait souffrir.
    Il n’en sortira comme un coq en pâte que pour faire le soir même une rupture d’anévrisme du colon de la patte gauche, lors d’un échauffement pour un rôle de remplacement de « la chose », son second rôle phare, franchise qui l’a malheureusement délaissé comme alien, la jeune génération se poussant pour le remplacer.


    Grand amis du doigt brûlant d’E-T l’extraterrestre, il partage ses difficultés de génie incompris.

    Il joue la main parlante de cartman dans south park, rôle de composition complexe passant de pénélope cruz au quidam inconnu, et croit avoir trouvé un second souffle. Les tracas de santé de toute une vie de vice ne lui offriront malheureusement aucun sursis.
    Dans un énième spot pour les sodas fanta ou autre connerie  exploitant la licence Addams pour un bref revival, mano s’effondre, suintant le sang par la paume, sortie en beauté pour le crucifié de ces dâmes, le sacrifié des arts qui a tout donné sans jamais recevoir.

    Il aurait reçu une balle, façon Lee fils, Brandon.
    D’aucuns veulent y voir un suicide en vue de masquer la récente nouvelle de sa séropositivité et emporter dans la tombe l’image d’une grâce ineffable jamais égalée d’histoire de main.

    Les cinéphiles de toutes époques reconnaissent sa sortie doigt par doigt de l’œuf d’ alien comme un summum du 8ème art. On le reconnaît volontiers père du mime moderne, marceau et étienne de crous ont de qui tenir, paradoxe temporel mis à part. Le neo mime russalien lui doit tout.
    Mano aura fait vibrer tous les kystes, toutes les arthrites digitales de ce monde, pour s’éteindre péniblement au milieu d'une industrie amnésique de ce qu’elle hérite de l'artiste.

    Reste la maxime devenue depuis célèbre du plateau du tournage d'alien (autobio de la bête sus-nommée-suce-ciboulot sous-titrée ma vie, mon combat en début de projet, raccourcie à Alien au final). Ce dernier, malade, purulant de migraine, aurait dit au polisseur en chef chargé de lustrer encore et toujours son crâne d'aubergine: "parle à mon face-hugger, ma tête de bite est malade".

    On trouve également la variation « parle à mon face-hugger, ma tête est limite nervous breakdown », expression qui depuis a fait son chemin dans le cercle des indémodables du septième art.

    L'art de Mano était aussi de faire parler les autres.

    Merci Mano. Shooting star ne t'oublie pas.


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